La maltraitance des seniors en milieu institutionnel, telle que les maisons de retraite, est un problème sérieux qui demeure souvent sous-estimé. Elle englobe les abus physiques, émotionnels, sexuels, ainsi que la négligence et l’exploitation financière.

Elle consiste en « un acte unique ou répété, ou [même] l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraine des blessures ou une détresse morale pour la personne vulnérable qui en est victime ».

I – Types de maltraitance et données chiffrées

Selon une analyse de l’Organisation Mondiale de la Santé, environ 1 personne âgée de plus de 60 ans sur 6 a subi une forme de maltraitance en milieu institutionnel au cours de l’année passée. Ces chiffres alarmants soulignent l’urgence de s’attaquer à cette question, avec rigueur et sensibilité.

La même analyse démontre que le type de maltraitance dont les personnes âgées sont le plus victimes en établissement est la maltraitance psychologique. L’abus financier est le deuxième type de maltraitance le plus courant chez ce même échantillon de personnes.

Ces abus peuvent entraîner des conséquences sévères sur la santé physique et mentale des personnes âgées qui en sont victimes. Cela est d’autant plus grave, lorsque l’on constate que les facteurs de risques sont généralement : la dépendance fonctionnelle ou le handicap, une déficience cognitive, une mauvaise santé mentale ou encore un faible revenu.

En résumé, les personnes ciblées par la maltraitance sont souvent très vulnérables.

II – Les signes de maltraitance en maison de retraite

Les signes de maltraitance peuvent varier grandement : allant de symptômes physiques, comme des ecchymoses, des plaies infectées ou des fractures inexpliquées ; à des signes psychologiques tels que la peur, l’anxiété, ou un repli sur soi.

Des changements dans les habitudes ou le comportement des seniors peuvent également indiquer un cas de maltraitance. Des signes de négligence, comme une mauvaise hygiène, des vêtements sales ou déchirés, un même un manque de soins médicaux, peuvent être alarmants. De même, des changements brusques dans le comportement financier d’un senior, tels que la disparition de biens personnels, ou des retraits inhabituels d’argent, peuvent indiquer un cas d’exploitation.

Par conséquent, il est crucial que les familles et le personnel soignant soient formés pour reconnaître ces signaux d’alerte précocement. Car il n’est pas rare que les victimes restent silencieuses face à de tels traitements. En effet, elles peuvent ne pas avoir conscience du côté anormal ou illégal de la situation, peuvent se sentir impuissantes, voire craindre des représailles.

III – Impact de la maltraitance sur les seniors

Les conséquences de la maltraitance en maison de retraite sont souvent graves et peuvent altérer de manière significative la qualité de vie des personnes âgées.

  • Physiquement, les abus peuvent conduire à des blessures permanentes ou des maladies chroniques aggravées. Certains coups ou blessures à répétition peuvent entrainer la mort de la victime
  • Psychologiquement, les victimes peuvent développer des troubles de stress post-traumatique, une perte de l’estime de soi, et dans les cas les plus tragiques, des pensées suicidaires.
  • Socialement, l’isolement s’accroît souvent à la suite de la maltraitance, exacerbant le sentiment de solitude et l’exclusion.

Cette situation peut également inciter les personnes âgées à adopter un comportement autodestructeur, en refusant par exemple, de s’alimenter, en consommant trop de médicaments, ou même d’alcool, etc.

De plus, la pandémie de COVID-19 n’a pas aidé à la résolution du problème. Durant cette période, une augmentation du taux de rapport des cas de maltraitance, en raison de l’isolement accru et du stress élevé, a été constatée parmi le personnel et les résidents des établissements de soins. Les pénuries de personnel et le manque de formation adéquate sont souvent cités comme des facteurs contributifs majeurs à la maltraitance en institution.

IV – Lutte contre la maltraitance

La législation joue un rôle crucial dans la lutte contre la maltraitance des seniors. En France, par exemple, le code pénal prévoit des sanctions spécifiques pour les abus commis contre les personnes vulnérables.

Pour supporter cette lutte, la mise en place de mesures de sensibilisation et de prévention sont essentielles. En réponse à cela, le Gouvernement encourage fortement toute personne ayant connaissance de faits de maltraitance commis sur une personnes âgée, à effectuer un signalement. Un numéro vert est dédié à l’écoute, à l’aide et au soutien des victimes, il s’agit du 3977. Ce service est gratuit et accessible du lundi au vendredi de 9h à 19h et le weekend de 9h à 13h puis de 14h à 19h.

Les témoins peuvent également procéder au signalement, sans craindre représailles pour ceux étant confronté au secret professionnel.

A noter que ne pas signaler un acte de maltraitance sur une personne vulnérable, expose l’auteur des faits à une peine de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.

En communiquant de cette façon sur les droits des seniors et les moyens de signaler un abus, l’Etat facilite l’intervention des pouvoir publics. Parallèlement, il reste essentiel de renforcer la formation du personnel, d’améliorer les ratios de personnel par résident, et de promouvoir une culture de respect et de dignité pour les personnes âgées afin de prévenir ces actes de maltraitance.